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TALK BACK

Le bulletin du Conseil International des Agences Bénévoles (CIAB)

Volume 3-4, 12 septembre 2001


Talk Back est également disponible en anglais sur le site internet du CIAB: www.icva.ch

Abonnez-vous à Talk Back: talkback@icva.ch

Talk Back existe aussi en anglais et en espagnol. Pour de plus amples informations concernant les abonnements veuillez consulter la dernière page du bulletin.


SOMMAIRE

EDITORIAL

  • Dans l'esprit de Nansen

ACTUALITES

SUJET DU MOIS: pleins feux sur l'Indonésie

OPINION

  • Modifier l'approche à l'égard de l'acquisition des capacités

 


EDITORIAL

DANS L'ESPRIT DE NANSEN

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Chaque année, la médaille Nansen est décernée à une personne ou une organisation ayant défendu les droits des réfugiés, dans l'esprit du premier Haut Commissaire de la Société des Nations pour les Réfugiés, Fridtjof Nansen. Pour 2002, les récipiendaires se sont fait connaître au cours de ces deux dernières semaines: il s'agit des membres de l'équipage du navire norvégien "Tampa."

Le 26 août dernier, le navire, sous la direction du capitaine Arne Rinnan, a été averti par les gardes côte australiens qu'un bateau transportant plus de 400 personnes était en perdition. Mais une fois que l'équipage du Tampa a eu sauvé tous les passagers, l'Australie a refusé au Tampa l'autorisation d'aborder dans un port australien de crainte de voir les personnes recueillies à son bord demander l'asile. Rinnan, qui est malgré tout resté dans les eaux territoriales australiennes, s'est déclaré "surpris et déçu" de la réaction des Australiens.

Résultat, l'Australie et la Norvège se sont retrouvées pendant quelques jours dans une véritable impasse politique. Plusieurs membres de la communauté internationale, telle la Nouvelle-Zélande, ont affirmé qu'ils auraient autorisé le navire à aborder s'il s'était trouvé dans leurs eaux territoriales. D'autres, notamment le Timor oriental et la Suède, ont offert d'accueillir certains des passagers. Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés demeurant remarquablement silencieux, c'est Mary Robinson, la Haut Commissaire aux droits de l'homme, qui a rappelé à l'Australie les obligations auxquelles elle est soumise en vertu du droit international.

Au cours de ces dernières années, l'Australie est apparue comme l'un des exemples les plus connus de pays qui ont presqu'entièrement fermé leurs frontières aux réfugiés et aux requérants d'asile. Mais le Ministre australien de l'immigration, Phillip Ruddock, n'est pas le seul à taxer la grande majorité de requérants d'asile de "migrants irréguliers", et il est à craindre que certaines des nations occidentales qui prônent le maintien de l'asile, aient en réalité des convictions similaires et orientent peu à peu leurs pratiques vers celles de l'Australie.

L'engagement de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), une organisation qui, comme Talk Back l'a déjà relevé précédemment (Editorial, 3-2) n'est pas vraiment à cheval sur ses principes, a lui aussi de quoi inquiéter. L'OIM a volé au secours de l'Australie, avant de qualifier publiquement les passagers du navire de "migrants irréguliers." L'OIM s'est en outre empressée de saluer l'offre du Timor oriental qui proposait d'accueillir les personnes à bord, une offre que les Norvégiens (entre autres) ont catégoriquement rejetée, eu égard à la situation économique et politique du Timor oriental.

L'OIM est devenue partie prenante de ce que l'on pourrait considérer comme un compromis embarrassant. La Nouvelle-Zélande et Nauru, une île de 11'000 habitants (pour seulement 21 km2) située dans l'Océan pacifique ont finalement accepté d'ouvrir leurs portes aux réfugiés et aux requérants d'asile. La Nouvelle-Zélande a déclaré qu'elle prendrait 150 des personnes se trouvant sur le bateau, et qu'elle réduirait d'autant le nombre de places de réinstallation pour les réfugiés. Ainsi que le soulignait un reportage de la BBC, proportionnellement, envoyer le reste des requérants d'asile recueillis sur le bateau à Nauru équivaudrait à faire entrer près d'un million de demandeurs d'asile en Australie.

Les médias du monde entier ont très largement couvert cette affaire, mais leur attention a encore augmenté ces derniers jours par le fait que les Australiens ont arraisonné un navire se trouvant dans les eaux internationales et chassé plus de 200 personnes afin de les empêcher d'entrer dans les eaux territoriales australiennes. Le destin de ces passagers demeure extrêmement flou, mais pour ce qui concerne le Premier ministre australien John Howard, le bateau n'a jamais atteint les eaux australiennes et "par conséquent, les questions relatives à l'application du statut de l'asile ne se posent pas."

L'intérêt des médias pour cet incident pourrait avoir un effet positif. En effet, pendant bien longtemps, la médaille Nansen est restée méconnue. Certes, au début de cette année, le HCR a tenté de renverser cette tendance en décernant ce prix au ténor italien Luciano Pavarotti qui avait collecté des fonds en sa faveur. Il espérait que la personnalité de Pavarotti permettrait enfin d'attirer l'attention du public sur la situation financière précaire de l'institution. Malheureusement, le récipiendaire ne s'est même pas rendu à la cérémonie de remise du prix, car il était en train de soutenir la Chine dans ses efforts pour obtenir l'organisation des Jeux Olympiques à Beijing.

Si le HCR accordait cette médaille au capitaine Arne Rinnan et à l'équipage du "Tampa," une distinction qui serait davantage dans l'esprit de Nansen, il s'assurerait très probablement l'attention des médias. Le Comité du prix Nansen pourrait ainsi trouver un parallèle au prix Nobel de la paix, le grand frère de la médaille Nansen. Certains lauréats du Nobel, tels Desmond Tutu et Aung San Suu Kyui, ont agacé leur gouvernement en dénonçant des abus flagrants des droits de l'homme. Espérons que le Comité Nansen aura, pour sa part, le courage de contrarier l'Australie.

(Ed Schenkenberg van Mierop et Manisha Thomas)

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***

ACTUALITES

MISSIONS PDI: UNE DE PLUS

Une mission de plus s'achève pour le Réseau inter-organisations des Nations Unies sur les déplacements internes, à qui il n'en reste désormais plus que deux; le Réseau aura ainsi accompli un total de cinq missions au cours de l'année dernière. Mais toutes ces missions ont-elles eu un impact réel sur les vies des personnes déplacées à l'intérieur de leur pays ou sont-elles devenues un but en soi?

Il est difficile de mesurer les effets produits par le Réseau à ce jour. Pourtant son efficacité est un facteur important à l'heure où les Nations Unies s'apprêtent à créer une nouvelle unité pour les personnes déplacées internes au sein du Bureau de coordination des affaires humanitaires (BCAH). En fait, il serait d'autant plus important d'examiner de manière approfondie l'utilité des missions qu'actuellement le rapport final d'une mission consiste en un document consensuel rédigé par les participants eux-mêmes, ce qui permet généralement d'éviter que l'une ou l'autre institution soit trop vertement critiquée.

Chacune des missions réalisées, et notamment la dernière, en Colombie, a révélé certaines lacunes au niveau des secours et émis des suggestions et des recommandations quant à la manière dont le système onusien, d'autres acteurs humanitaires et les gouvernements concernés pourraient améliorer les opérations d'assistance. Mais en fin de compte, le suivi de ces recommandations incombe surtout aux équipes de pays. Aucun mécanisme n'ayant été mis en place pour garantir la mise en Ĺ“uvre des recommandations les plus simples, leur application est déléguée au Coordinateur résident.

En effectuant sa mission en Colombie, le Réseau se rendait pour la première fois dans un pays dont le gouvernement avait intégré à la législation nationale les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays: une base assez solide pour que le Réseau prône une amélioration de l'aide apportée aux PDI. Or, bien que le gouvernement ait pris de telles mesures, les efforts déployés sur le terrain pour couvrir les besoins des PDI en termes de protection et d'assistance demeurent insuffisants au vu de l'ampleur du problème. La plupart des PDI s'ajoutent simplement au nombre de ceux qui vivent dans la misère urbaine. Il est difficile d'établir une distinction entre les personnes déplacées et celles qui se trouvaient là auparavant. Pour de nombreuses personnes déplacées internes, la meilleure forme de protection est de rester dans l'anonymat; d'autres au contraire (qui ne sont pas déplacées) affirment avoir été déplacées afin de bénéficier des programmes de secours.

En dépit du fait que la Colombie a enregistré environ 80'000 nouveaux déplacements depuis le début de l'année, la réaction des Nations Unies face à la situation dans ce pays n'a pas été aussi vive que de nombreuses ONG l'auraient souhaité. Plusieurs ONG nationales, notamment, sont d'avis que l'ONU devrait être plus ferme envers le gouvernement colombien et que le Haut Commissaire pour les réfugiés, qui est la principale institution en charge des PDI en Colombie, s'engage davantage dans ce domaine. Mais le HCR estime que son rôle en Colombie se limite surtout à la protection et aux activités de formation.

Il semble que le système onusien a été amené à conclure qu'il valait mieux éviter la confrontation pour s'assurer l'accès aux personnes déplacées. L'Office du Haut Commissaire pour les droits de l'homme (OHCDH) constitue une exception notable à cet égard. En effet, il a publié des rapports dénonçant la situation des droits de l'homme dans le pays. Résultat, le gouvernement s'est montré moins coopératif envers l'OHCDH qu'envers d'autres institutions de l'ONU.

La mission a mis en exergue le problème du financement des opérations humanitaires, qui représente une contrainte pour de nombreuses organisations. L'action de la communauté internationale reposant en grande partie sur des opérations de secours d'urgence s'étalant sur trois mois, il est difficile d'établir des programmes à moyen ou long terme. En réalité, ce financement de courte durée est inopportunément rattaché à l'assistance à moyen ou long terme offerte par des institutions de développement bilatéral et multilatéral.

Certes, la Colombie dispose d'une autre source de financement: le "Plan Colombia", un programme d'assistance proposé par l'armée américaine à la Colombie, mais beaucoup d'ONG refusent d'y toucher, considérant que cet argent prend en otage des civils, exacerbe encore le conflit et favorise les déplacements internes (cf. article "Le train de mesures d'assistance militaire américaine à la Colombie va exacerber le conflit et entraîner un déplacement de populations plus important que prévu, selon certaines ONG" dans le Talk Back 2-4). A noter que le principal bailleur de fonds du programme de développement des Nations Unies en Colombie est le gouvernement colombien lui-même. Bon nombre d'institutions onusiennes craignent trop souvent de "mordre la main qui les nourrit"; cela semble bien être le cas en Colombie.

Reste à voir quels seront les effets de cette dernière mission du Réseau en Colombie sur la vie des PDI. Cependant, si le Réseau n'adopte pas une position plus ferme dans un pays où le gouvernement a les ressources financières et les infrastructures nécessaires pour s'occuper davantage des PDI, où, et quand, le Réseau jouera-t-il un rôle plus actif? L'unité pour les personnes déplacées internes continuera-t-elle à publier des rapports sur des missions dont les propositions d'amélioration des secours en faveur des PDI demeurent quasi insignifiantes en raison de la volonté de consensus exprimée par le Réseau? Ou la nouvelle unité aura-t-elle le cran de rappeler aux Etats et aux acteurs humanitaires leurs responsabilités envers les PDI?

Le 1er janvier prochain, la nouvelle unité, composée d'un détachement de six personnes dirigé par le Coordinateur spécial pour les déplacements internes, devra être totalement opérationnelle. Le principal défi consistera pour elle à s'écarter de la position adoptée par le Réseau afin de garantir que toutes les institutions onusiennes soient satisfaites des résultats obtenus. Le meilleur moyen pour qu'elle apporte une réelle amélioration aux conditions des PDI est que les membres de la nouvelle unité fassent primer leurs priorités sur celles des institutions qui les emploient.

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NOUVELLES REGLES DE STRATEGIE MILITAIRE

Au cours de ces dernières années, les forces armées n'ont guère montré d'intérêt pour garantir la sécurité et la protection dans les régions peuplées de réfugiés. Les raisons qui pourraient être invoquées sont "trop dangereux", "trop compliqué", et "politiquement irréalisable". En fait, les politiciens ne sont pas prêts à envoyer leurs troupes dans des endroits où se sont déjà rendus de nombreux agents chargés de l'assistance. Ils préfèrent déployer leurs soldats pour fournir du matériel de secours dans des situations relativement stables. Pourtant, un séminaire organisé au mois de juillet par les gouvernements britannique et canadien, près d'Oxford, a conduit plusieurs militaires haut gradés des deux pays à se pencher sur la tâche prioritaire potentielle que doit remplir l'armée pour soutenir l'action humanitaire: aider à assurer la sécurité dans les camps de réfugiés.

Le séminaire anglo-canadien est probablement la première réunion au cours de laquelle les participants s'efforcent de s'écarter des questions récurrentes relatives à l'apport des secours, telles que la coordination et la division du travail. En consacrant la plupart de ses séminaires à ces sujets, comme elle l'a fait jusqu'à présent, l'armée semble avoir oublié qu'elle peut jouer un rôle bien plus important dans l'action humanitaire, ainsi que l'ont souligné différentes organisations humanitaires. Ainsi, un membre du personnel de MSF déclarait-il dans un article du journal médical britannique "The Lancet" paru en mai dernier, que "l'armée devrait protéger les populations de réfugiés et de personnes déplacées suite à des situations de violence, car il s'agit là d'une tâche que les organisations humanitaires ne peuvent accomplir".

L'idée que l'armée pourrait se charger de la sécurité dans les régions accueillant des réfugiés n'est pas nouvelle. En 1999, le HCR avait présenté à son Comité exécutif un document de politique générale comprenant une "échelle d'options", qui indiquait que le déploiement militaire était une "option dure" dans le maintien du caractère civil et humanitaire des camps de réfugiés. Par la suite, lorsqu'elle a proposé des mesures concernant l'application de cette échelle, l'institution pour les réfugiés a recommandé que le personnel soit disponible pour agir en qualité de responsables de la sécurité humanitaire dans les premières phases d'une crise impliquant des réfugiés, afin qu'il puisse évaluer la situation. L'équipe du HCR présente lors de ce séminaire a observé que la proposition n'avait pas encore reçu de réponse.

Reste à savoir si cette absence de réponse est due à un réel manque d'intérêt ou au fait que la proposition ait été mal préparée. En effet, comment croire que les Etats membres des Nations Unies peuvent ignorer les expériences réalisées au cours de ces dernières décennies (p. ex. au Cambodge, dans l'est du Zaïre, en Guinée et au Timor occidental)? La question de la sécurité dans les camps a d'ailleurs récemment attiré l'attention du Secrétaire général de l'ONU qui en a fait le sujet de son dernier rapport sur la protection des civils dans les conflits armés. Dans son rapport de mars 2001, le SG écrivait ainsi: "Pourtant, les Etats membres rechignent toujours à soutenir le travail des institutions humanitaires dans ces conditions, car ils sont conscients des risques encourus par leur personnel militaire et du risque d'exacerber encore le conflit par des confrontations directes entre leurs soldats et des éléments armées. Garantir la sécurité dans les camps nécessite l'engagement des forces armées et de la police, dont l'une des tâches, et pas la moindre, consiste à désarmer et à démobiliser les membres des milices et à les transférer vers d'autres lieux."

Dans son examen du rôle de l'armée en relation avec la sécurité dans les zones regroupant des réfugiés, le séminaire a malheureusement laissé plusieurs questions délicates en suspens; par exemple, le fait que le déploiement d'une force armée internationale dans et autour des camps risque de menacer encore davantage le caractère humanitaire et civil des camps. Pourtant, comme nous l'avons dit ci-dessus, des tâches comme éloigner des camps des frontières internationales, séparer les éléments armés des réfugiés, désarmer les agresseurs, ainsi qu'arrêter et détenir des criminels de guerre présumés vont bien au-delà des compétences de la police locale ou de l'armée nationale.

Mais accomplir ces tâches est plus vite dit que fait. Qui séparer et comment le faire? Les miliciens peuvent se transformer en soldats la nuit, alors qu'ils travaillent comme paysans la journée. Les entraînements peuvent avoir lieu au fin fond d'une forêt, où les armes peuvent être bien cachées. Même en cas d'examen approfondi et de séparation, il faudrait répondre à d'autres questions extrêmement compliquées.

Un officier a relevé que l'examen ne constituerait pas un acte propre et pourrait se solder par des morts. "Les ONG qui prônent l'intervention de l'armée sont-elles prêtes à l'accepter?" a-t-il demandé.

Par ailleurs, qui s'occupera de ceux qui ont été séparés? Des expériences menées récemment en Zambie laissent penser que plusieurs organisations humanitaires ont évité d'assister des groupes d'anciens combattants qui vivaient dans des conditions déplorables. Au cours de la réunion qui s'est tenue à Oxford, les représentants du CICR ont clairement dit que selon eux, le mandat du CICR n'implique pas que ce dernier assume une responsabilité globale.

Enfin, tant que la Cour pénale internationale n'est pas opérationnelle, qui poursuivra tous ceux que l'on accuse d'avoir commis des crimes de guerre?

Mais l'une des questions prédominantes concerne le rôle et la responsabilité des autorités hôtes. Le cas du Timor occidental illustre le fait que si un gouvernement hôte refuse d'assumer ses responsabilités, il est difficile de faire quelque chose (cf. "Deux ans après: le sort des réfugiés du Timor oriental encore au Timor occidental" dans le présent numéro de Talk Back). En réalité, si les formes armées internationales ont la possibilité de recourir à la force en cas de nécessité, ce qui est fort probable, elles devront bénéficier d'une autorisation accordée par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU en vertu du chapitre VII de la charte des Nations Unies. Or, il est à craindre que les obstacles politiques se transforment souvent en barrières insurmontables et empêchent l'octroi des autorisations requises.

Par conséquent, les soldats présents lors du séminaire ont estimé qu'il valait mieux étudier le rôle de l'armée dans le cadre de ce qu'ils appellent la "réforme du secteur de la sécurité" du pays hôte, c'est-à-dire notamment l'entraînement de l'armée nationale, le soutien technique de la mise en Ĺ“uvre de la législation nationale et l'appui d'autres initiatives orientées vers la formation. Afin de surmonter les obstacles juridiques, nombre d'entre eux ont proposé une solution pragmatique consistant à engager des sociétés de sécurité privées. Les organisations humanitaires, y compris le HCR, ont cependant rejeté cette suggestion pour des raisons morales et éthiques. Mais, comme les militaires l'ont relevé, le débat n'est pas encore clos puisque ces sociétés de sécurité continuent à travailler aux mêmes endroits que les agents humanitaires.

Au cours de ce séminaire, tant l'armée que le personnel humanitaire ont franchi un premier pas dans ce processus d'apprentissage destiné à leur montrer comment chacun d'entre eux peut compléter efficacement le rôle et le mandat de l'autre. Si fournir de l'aide humanitaire n'est pas une tâche militaire, garantir la sécurité en est une. En ce qui concerne le suivi, un officier de haut rang a admis qu'il fallait élaborer de nouvelles règles concernant les exercices militaires et le matériel d'entraînement.

Organisateurs et participants se sont tous accordés pour dire qu'il faudra accomplir un travail de persuasion considérable auprès des acteurs politiques pour les convaincre que l'armée doit jouer un rôle différent dans le travail avec les réfugiés.

L'Australie devra constituer la première cible. Un pays ne peut pas tomber plus bas que d'envoyer son armée à bord d'un bateau afin d'éviter que quelque 430 personnes ne trouvent un endroit sûr où ils se sentent en sécurité et fassent valoir leur droit d'asile.

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RDC: LE ROLE DE L'INFORMATION DANS UN PROCESSUS DE PAIX

--Suite à l'article de Loretta Hieber "Les réfugiés et le droit à l'information" paru dans le Talk Back 3-2, Media Action International, qui est membre du CIAB, étudie des plans de stratégie d'information de masse en vue du processus de paix destiné à contribuer à mettre un terme à la guerre qui fait rage dans la République démocratique du Congo.--

Lorsque les négociateurs internationaux sont parvenus à la dernière phase de l'élaboration de l'accord de paix pour la Bosnie, en novembre 1995, ils ont interdit l'accès des salles de réunion, dans l'Ohio, aux médias et au public en général. Ce n'est qu'une fois qu'ils se sont sentis prêts à dévoiler les Accords de Dayton qu'ils ont émergé pour présenter aux Bosniaques et au reste du monde - et les mettre devant le fait accompli - leur plan pour faire cesser le bain de sang.

On a longtemps prétendu qu'il était nécessaire de laisser les médias dans l'ignorance pendant les négociations de paix afin de garantir que les négociateurs puissent agir en toute liberté, sans subir la pression exercée par le public. Mais que dire des plans de paix qui s'adressent non seulement aux dirigeants politiques et aux factions militaires mais aussi aux représentants des sociétés civiles et des mouvements démocratiques? Et si les médias doivent veiller à ce qu'une population en guerre soit bien informée des perspectives de paix, comment doivent-ils jouer ce rôle?

Depuis décembre 1999, le Bureau du responsable du processus de paix de Lusaka, Monsieur Ketumile Masire, s'est vu confier la tâche de mettre un terme aux combats qui déchirent la République démocratique du Congo (RDC). Sa stratégie consiste à organiser une conférence nationale comprenant toutes les parties, connue sous le nom de Dialogue Inter-Congolais (DIC). Cette conférence réunira des représentants de tous les secteurs de la société: des membres des partis politiques, de l'armée, des groupes rebelles ainsi que des représentants de la société civile, dans le but de parvenir à une nouvelle "donne politique au Congo."

Le défi consiste à garantir que le peuple congolais soit tenu au courant de l'évolution du processus de paix et "avale" l'explication selon laquelle le DIC est la meilleure chance de guérison pour le pays: ce n'est pas une tâche aisée. Alors que le pays fait la taille de l'Europe (moins la Scandinavie), aucune des stations radio n'atteint toutes les régions géographiques. Les médias sont surtout concentrés à Kinshasa et dans les autres zones urbaines, et laissent de grandes régions non desservies dans le reste du pays. En outre, d'aucun craignent sérieusement que les groupes politiques les mieux organisés qui participent au CDI monopolisent le processus de paix au détriment de la société civile.

Au début du mois d'août, à la demande du Bureau, Media Action International a accueilli divers acteurs onusiens et organisations médiatiques indépendantes pour un brainstorming afin d'échanger des vues sur la manière de développer une stratégie d'information de masse efficace permettant de soutenir le processus de paix.

Les participants ont souligné qu'il était essentiel que le Bureau accroisse ses capacités de communication en établissant notamment des agences régionales dans toute la RDC. Il est impératif que les Congolais "s'approprient" le DIC et le processus de paix. Certains signes montrent qu'à l'heure actuelle de nombreux Congolais considèrent encore le DIC avec suspicion.

Il existe divers moyens d'arriver à une telle "appropriation", notamment le développement de médias créatifs tels que la musique, les chansons, le théâtre et les logos. Mais il faut également tenir l'ensemble de la population au courant de l'évolution du processus politique, en leur fournissant des informations sérieuses et pertinentes. En raison du manque d'infrastructure et du nombre élevé d'analphabètes (42%), la radio semble être le moyen le plus efficace de réaliser cet objectif.

Outre l'idée de diffuser une information très large à partir du Bureau, il est indispensable de faire en sorte que les journalistes indépendants locaux et nationaux renforcent leurs capacités à présenter leurs rapports sur le DIC avec professionnalisme. Il est évident que les médias locaux devraient bénéficier d'une formation intensive au journalisme et de ressources adéquates pour assurer une couverture plus efficace. Dans le même temps, il est important que les initiatives menées par les médias internationaux s'efforcent de soutenir les producteurs de médias locaux plutôt que de les remplacer.

Les participants ont également recommandé la création d'un studio de production de médias indépendant, pourvu de journalistes congolais locaux. Cette mesure est destinée à fournir aux agences de médias nationales des rapports impartiaux sur le DIC. En sus de ces rapports, certains volets d'informations pourraient inclure des sujets tels que l'instauration de la paix, la démocratie et la pluralité politique. On pourrait également développer des initiatives interactives proposées par les médias afin de permettre à la population de la RDC d'exprimer ses vues et ses opinions sur le processus de paix. Ce dialogue entre les acteurs du DIC et la population congolaise pourrait aider à conduire la nation sur la voie de la réconciliation. En décidant récemment d'organiser le DIC à Addis Abeba, les membres de la réunion préparatoire ont cependant soulevé la question du lieu d'installation d'un tel studio: en RDC, en Ethiopie ou peut-être dans les deux pays.

Cette occasion de développer une stratégie globale d'information de masse pour la DRC devrait absolument englober des programmes vitaux pouvant contribuer à aider la population congolaise à contrer les effets de l'une des crises humanitaires les plus horribles de ce siècle. Alors qu'un tiers de la population souffre de famine et que la plus grande partie du pays n'a pas accès aux services de santé de base, les médias sont particulièrement importants pour diffuser des messages concernant l'hygiène élémentaire. Il serait également utile de transmettre des informations sur les activités de la communauté de secours internationale qui se trouve en RDC.

A l'instar de n'importe quelle autre population, le peuple congolais a droit à l'information. Le succès du processus de paix actuel dépendra de l'engagement de toutes les parties et de l'ensemble de la nation. Une stratégie d'information de masse contribuera à faire taire les rumeurs et les discours polémiques infondés susceptibles de miner le processus de paix. Offrir à la population des informations régulières et précises ainsi qu'un moyen d'exprimer son avis ne peut que renforcer ce processus visant à mettre un terme à la guerre en RDC.

* Loretta Hieber et Virginie Louis, Media Action International,
info@mediaaction.org

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TCHETCHENIE : TOUJOURS L'IMPUNITE

Les violations des droits de l'homme et du droit humanitaire international (DHI) perdurent en Tchétchénie. Plus de 200'000 personnes ont été déplacées à l'intérieur de la Fédération de Russie suite aux combats en cours. Toutefois, et malgré les efforts pour poser ouvertement la question de manière à ce que la communauté internationale prenne des mesures pour protéger les civils, la thèse de la souveraineté l'emporte en fin de compte, les Russes affirmant que la situation en Tchétchénie est une affaire interne.

Lors de sa dernière session, la Commission des droits de l'homme (CDH) a adopté une résolution demandant de manière pressante à la Fédération de Russie de prendre des mesures, notamment par la simplification de la réglementation, pour autoriser des organisations humanitaires internationales, régionales et nationales à entrer sans obstacle en Tchétchénie. En réalité, c'est l'opposé qui se passe et les violations des droits de l'homme se poursuivent quotidiennement.

Le climat d'impunité se maintient, alors même que les forces russes ont mené des opérations dites de "nettoyage". Par exemple, dans le village de Chenorechye, dans le district de Grosny, les forces fédérales russes ont détenu toutes les personnes âgées de plus de 14 ans; plusieurs d'entre elles ont été battues et torturées et des maisons ont été pillées. Il y a eu des arrestations punitives, des attaques contre des non-combattants et des cas de traitements dégradants.

La poursuite et l'escalade de la violence provoquent de nouveaux déplacements. Ainsi que Médecins du Monde (MdM), membre du CIAB, l'a indiqué à la Sous-commission pour la promotion et la protection des droits de l'homme, "malgré les assurances données au sujet du retour par l'administration russe et les nombreux rappels à l'ordre de la communauté internationale, les réfugiés (sic) vont bientôt être obligés de passer une nouvelle fois l'hiver sous des tentes, dans des conditions extrêmement précaires".

Attirer l'attention de la CDH ou de la Sous-commission sur ce problème est tout ce que les organisations telles que le MdM peuvent entreprendre pour faire prendre conscience des violations des droits de l'homme et du DHI. Un cas de PDI tel que celui-ci pose un sérieux défi à l'action de la nouvelle Unité des déplacements internes, qui doit être mise en place au sein du Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (voir : "Missions PDI : une de plus" dans ce numéro de Talk Back). Alors que la protection des civils relève d'abord de la responsabilité de l'Etat, la communauté internationale a un rôle à jouer lorsque c'est ce même Etat qui viole les droits des civils. Mais dès que l'on avance l'argument de la souveraineté, la communauté internationale rechigne à faire quoi que ce soit face à un Etat politiquement aussi puissant que la Fédération de Russie; c'est pourquoi le Conseil de sécurité n'entreprendra quasiment rien, ou rien du tout, dans le cas de la Tchétchénie.

Une telle situation, où le poids politique prime le bien-être des civils, demande une nouvelle approche de la part de la communauté internationale. La proposition de MdM d'instituer une Commission humanitaire qui serait directement subordonnée au Secrétaire général (SG) de l'ONU (voir : " Une commission humanitaire pour la protection des populations civiles", Talk Back 2-4), est l'une des suggestions avancées pour mieux assurer la protection des civils dans le cadre d'un conflit armé.

La Commission, composée d'experts indépendants, recueillerait des informations qualitatives et quantitatives sur la situation, évaluerait les besoins des populations, alerterait le SG au sujet de toute situation susceptible de "sérieusement saper les droits des populations civiles découlant des dispositions du droit humanitaire international" et soumettrait ensuite son avis au SG, de manière que celui-ci puisse notifier la situation en question au Conseil de sécurité ou à tout autre organe de l'ONU. La Commission préparerait également un rapport annuel à l'attention du SG qui résumerait ses activités et la situation humanitaire dans le monde. La Commission pourrait soit être invitée à étudier certains cas, soit faire rapport de son propre chef sur les cas qui l'intéressent.

Des efforts sont en cours pour promouvoir la Commission humanitaire ainsi proposée. Le 9 septembre, l'Institut international du droit humanitaire et MdM ont organisé ensemble une réunion d'experts pour l'étudier. La proposition de créer au sein de l'ONU une Commission humanitaire a été approuvée par la Conférence mondiale de la société civile, réunie à Montréal en décembre 1999; elle fait aussi partie des recommandations formulées par les ONG lors du Forum du Millenium et transmises à l'Assemblée générale des Nations Unies.

La proposition du MdM visant à créer une Commission humanitaire serait un premier pas propre à assurer la protection des civils lors de conflits armés. Elle n'irait cependant pas assez loin, dès lors qu'il s'agira d'amener les responsables de violations du DHI à devoir rendre des comptes. Mais obtenir des Etats qu'ils donnent leur accord à un tel système ne sera pas chose aisée, d'autant que, dans divers cas, ce sont les Etats eux-mêmes qui devraient être tenus pour responsables de violations du DHI.

* Pour des informations supplémentaires sur la proposition de MdM en faveur d'une Commission humanitaire, voir leur site: www.mdm-international.org. * Les recommandations formulées par les ONG lors du Forum du Millenium et transmises à l' Assemblée générale de l'ONU figurent dans un document de l'ONU A/54/959, 8 août 2000.

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SUJET DU MOIS : PLEINS FEUX SUR L'INDONESIE

INDONESIE : TROP DE BESOINS INSATISFAITS

Durant la dernière année et demie, le nombre de personnes déplacées à l'intérieur de l'Indonésie (PDI) a plus que doublé pour atteindre plus de 1,3 million. Le nombre de personnes affectées par les déplacements et les conflits est probablement encore plus élevé. L'attention internationale sur cette situation s'est concentrée de façon sélective sur des régions particulières et la présence internationale dans le pays n'a pas crû proportionnellement à l'importance et aux effets des déplacements.

Il n'y a pas de manière simple de considérer ou de décrire la situation en Indonésie. Les causes de conflits varient d'une région à l'autre. On ne peut placer ce pays, grand comme un continent, ni dans la catégorie des pays en développement, ni dans celle d'un pays confronté à une urgence humanitaire. C'est la combinaison de ces deux aspects qui a mis la communauté internationale dans l'embarras pour trouver une solution.

L'ONU a opté pour une approche coordonnée en réponse aux déplacements internes en Indonésie: le Coordinateur résident et Coordinateur humanitaire de l'ONU (une seule et même personne en Indonésie) est responsable de faire en sorte que le système onusien fournisse une protection et une assistance adéquates aux PDI. Mais cette approche n'a jusqu'ici pas vraiment été une réussite en Indonésie. Dans plusieurs cas, des ONG travaillent directement avec les PDI, alors que l'ONU est à peine, voire pas du tout présente. L'ONU semble ne pas très bien savoir comment répondre aux besoins des PDI dans l'ensemble du pays.

A Aceh, par exemple, où se développe un mouvement séparatiste, les agences opérationnelles de l'ONU se sont retirées. Du fait des actes de violence de la semaine passée, 6'000 nouvelles personnes déplacées ont porté le total des PDI à 18'500. Pendant la période de "pause humanitaire" négociée plus tôt dans l'année entre le GAM (Mouvement Aceh libre) et le gouvernement indonésien (GI) par le Centre pour le dialogue humanitaire à Genève, le PNUD avait une présence officielle à Aceh. Toutefois, lorsqu'il n'y eut plus d'accord sur la poursuite du cessez-le-feu officieux, le PNUD reçut l'ordre du GI de fermer son bureau de Banda Aceh. Afin d'assurer une présence onusienne, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (BCAH) ouvrit une petite représentation, qu'il a appelée, de manière intéressante, un "Centre de ressources onusien".

Quelque 20'000-30'000 transmigrants ont été déplacés de Aceh vers le nord de Sumatra. 10'000-15'000 PDI ont campé dans un parc national, l'un des ultimes sanctuaires d'orangs-outans, afin d'attirer l'attention sur leur sort. La régence locale et la province affirment qu'il n'y a pas de problème. A ce jour, il n'y a aucune présence de l'ONU et aucune ONG internationale ne travaille avec ces PDI, qui ont reçu une certaine aide du gouvernement local, d'ONG nationales et d'un journal indonésien. Les PDI ont expulsé du parc quelques ONG locales travaillant dans le domaine environnemental. Récemment, la Croix-Rouge indonésienne (PMI) a demandé à certains éléments d'entrer en action et d'offrir plus d'assistance.

Les Célèbes centrales sont sans doute le théâtre de l'un des conflits les plus actifs d'Indonésie. Il fait rage depuis un certain temps, mais ne reçoit que peu de couverture médiatique. Il n'y a pas de groupe de pression en faveur des 50'000-70'000 PDI et dès lors, la violence sectaire continue pratiquement sans que la communauté internationale en prenne note. Les agences humanitaires internationales n'ont que récemment commencé à travailler dans ce secteur. La capitale, Palu, n'a pas été directement touchée par le conflit, qui a plus fortement affecté la deuxième ville de la région, Poso, mais des PDI musulmans y campent dans un stade. Un nombre important de personnes ont fui Poso et des barrages militaires rendent difficile l'accès à cette zone.

Les Moluques, par contre, bénéficient de l'appui d'un important groupe de pression international et sont, par voie de conséquence, souvent citées par la presse. C'est aussi le conflit qui a produit le plus grand nombre de PDI (quelque 500'000). Le gouvernement de la région s'est soucié du sort des PDI et a dans l'ensemble appuyé les actions humanitaires. En dépit de la présence internationale aux Moluques, le risque sécuritaire demeure élevé.

A Ambon, la situation est fluctuante - comme c'est le cas dans bien des régions indonésiennes. Il y a des périodes calmes suivies de périodes de violences: un défi majeur à la capacité de réaction de tous les organismes concernés. Il en résulte que les ONG mènent à la fois des programmes d'urgence et des programmes intérimaires de développement. Néanmoins, même dans cette zone de conflit actif, on trouve à l'extérieur d'Ambon City certains points qui ne reçoivent pratiquement pas d'assistance. C'est ainsi que Buru sud, ainsi que l'est et le nord de Ceram, d'accès difficile, n'ont pas beaucoup d'aide. Les îles de Tanimbar et de Kisar, ainsi que Moa sont également difficiles d'accès, mais s'ils ne bénéficient que de peu de secours, c'est en partie parce que la majorité des fonds est dépensée à Ambon. En conséquence, de plus en plus de gens arrivent à Ambon, notamment du fait de l'isolement et de l'insécurité qui en découle. Une présence internationale accrue fournirait un élément de sécurité.

Note positive à Makalu nord: le processus de réconciliation progresse. Dans ce cas, le gouvernement local a fait de grands efforts pour rapprocher les gens. Bien qu'il y ait toujours des PDI qui ne sont pas retournés dans leurs foyers, les mesures de réconciliation permettent d'espérer.

Au centre de Kalimantan, un important déplacement de Madurais s'est produit depuis le début de l'année. D'aucuns pensent que le départ de la plupart des Madurais signifie que la situation est désormais plus calme. La communauté internationale s'est montrée réticente à fournir une aide à cette région, estimant que ce sont les Dayaks qui ont été à l'origine des actes de violence. Rares sont cependant ceux qui ont effectivement participé à la purification ethnique dans la région de Sampit, tandis que nombre de membres d'autres groupes transmigrants, ainsi que les Dayaks locaux, ont été affectés par la violence. Beaucoup sont pétrifiés à la pensée de représailles de la part de la communauté maduraise. Pourtant, la communauté internationale ne fait guère d'efforts pour s'assurer que des mesures soient prises en vue de contribuer à la guérison d'une communauté visiblement traumatisée. Aucune organisation internationale n'est activement opérationnelle au centre de Kalimantan. De plus, l'économie locale de Sampit continue à se ressentir sérieusement du départ des Madurais, qui constituaient 60 % de la population locale.

Dans de nombreuses zones, les Madurais ne sont pas les bienvenus et sont rejetés. Ainsi, à Timur, dans la région de Sampit, les Madurais ont été informés du fait que s'ils voulaient revenir, ils devraient s'excuser de leurs erreurs et se plier aux coutumes et à la religion Dayak. Une notable exception est à signaler à Pangkalabun, où le régent de Kota Waringin Barat, avec l'aide de 1'000 policiers et d'éléments de l'armée, a heureusement continué à assurer la protection de quelque 30'000 Madurais. Pendant la journée, les Madurais disposent d'une certaine liberté de mouvement mais, la nuit venue, par peur, et malgré la protection, ils continuent à s'enfermer dans leurs maisons. Il a été signalé que malgré ces efforts pour les protéger, certains Madurais ont perdu la vie. Il est difficile d'imaginer les perspectives à long terme de ces personnes dans une société où les Dayaks veulent une province libre de Madurais.

Comme le nord de Sumatra, Pangkalabun est une région où les besoins humanitaires se heurtent à des considérations environnementales: un sanctuaire d'orangs-outans se trouve dans la région, ce qui présente un potentiel de conflit.

Dans l'ouest de Kalimantan, des populations ont été déplacées il y a trois ans et les obstacles à leur retour sont nombreux. Plusieurs ONG internationales travaillent depuis plusieurs années dans cette région et ont mis sur pied un plan de réinstallation. Formées en consortium informel, elles se sont réunies avec le Ministère de la réinstallation et un groupe de travail a été constitué pour réaliser ce plan que le BCAH présente désormais comme un excellent exemple de réinstallation. Bien que les lieux de réinstallation ne soient pas idéaux, ils pourraient fournir aux Madurais une alternative plus sûre que les camps. Il s'agirait d'endroits où la jungle a été défrichée, sans eau potable ni poste de santé, où le transport est coûteux. Les Madurais devraient quitter les camps à fin décembre, mais une fois arrivés dans la nouvelle zone, les déplacements pour aller travailler en ville seront entravés par le coût du transport.

La violence qui a sévi au Timor oriental l'an passé, pendant le référendum pour l'indépendance, a laissé 60'000-80'000 réfugiés au Timor occidental. L'ONU s'est retirée du Timor occidental depuis le meurtre de trois employés du HCR l'année passée, mais des ONG internationales et locales poursuivent leur action humanitaire. (voir: "Deux ans après: le sort des réfugiés du Timor oriental encore au Timor occidental" dans ce numéro de Talk Back).

L'Irian Jaya, pratiquement absente des médias, est peut-être l'une des régions qui provoque le plus d'inquiétude. Bien que les choses ne s'y soient pas vraiment arrangées, ce qui s'y passe réellement n'est que rarement mentionné.

La seule généralisation qu'on puisse avancer au sujet des déplacements internes en Indonésie est qu'ils sont de plus en plus importants et qu'il est urgent que la communauté internationale s'en préoccupe. Les raisons de ces déplacements sont particulières à chaque région concernée: conflit ethnique, conflit religieux, mouvement d'indépendance. Cependant, et à moins qu'il n'y ait à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Indonésie un groupe de pression pour une région ou un groupe spécifique, peu d'attention, sinon aucune, n'est accordée à ces conflits. Une présence internationale peut contribuer à remplir ce vide.

Bien que le gouvernement affecte des fonds en faveur des PDI, les besoins humanitaires excèdent toujours largement les ressources disponibles. L'attention accordée par le gouvernement aux PDI dépend de quels PDI il s'agit et de ce qui cause (ou a causé) le conflit. Sur un plan positif, on peut noter certains cas où réconciliation et réinstallation sont en cours.

L'une des plus grandes difficultés rencontrées par la communauté internationale réside dans la différence entre ce qui est dit par le gouvernement à Jakarta (qui s'affaire à mettre de l'ordre dans la capitale et dans l'économie) et la réalité sur le terrain, où ce sont souvent la police et l'armée qui décident de la façon de gérer la situation. Le contrôle de l'armée s'est affaibli et dans bien des régions, les structures militaires moins étoffées ont été remplacées par des unités locales ou des milices, que le gouvernement peine à contrôler et qui sont souvent imprévisibles. Tant que le gouvernement ne sera pas assez fort pour contrôler ces éléments, il n'y a guère d'espoir de surmonter cette difficulté.

Alors que les ONG, locales aussi bien qu'internationales, continuent à travailler avec les PDI, le rôle de l'ONU en Indonésie est non seulement mineur, mais également peu convaincant. L'ONU ne semble pas avoir développé quelque espèce de pensée stratégique que ce soit quant à la façon de mieux appréhender la situation et de fournir protection et assistance aux PDI: soit en plaidant davantage auprès du gouvernement la nécessité de renforcer la loi et l'ordre et de mieux assurer assistance et protection, soit en renforçant la présence internationale. L'ONU semble ne pas encore avoir pleinement réalisé que l'Indonésie n'a plus seulement besoin d'une aide au développement. Le précédent Coordinateur résident/humanitaire portait essentiellement la casquette d'un Coordinateur résident et ne pouvait (ou ne voulait) dès lors pas aborder avec le gouvernement des problèmes humanitaires et de protection d'une manière tant soit peu satisfaisante. Le nouveau Coordinateur résident/humanitaire est entré en fonction il y a six semaines et l'on espère qu'il se montrera plus enclin à évoquer les problèmes humanitaires avec le gouvernement.

Cependant, nombre d'ONG ont remis en question l'approche combinée Coordinateur résident/humanitaire et sa capacité à assurer la protection des PDI. Quand un Coordinateur résident a développé une collaboration étroite avec le gouvernement, il lui est souvent difficile d'interpeller le gouvernement, en tant que Coordinateur humanitaire, sur les problèmes humanitaires. En général, l'ONU a recours à une autre option par rapport aux PDI: elle désigne une agence opérationnelle. Le HCR a déjà déclaré qu'il n'en ferait pas plus pour les PDI s'il n'y était pas invité par le gouvernement. Ainsi, et pour l'heure, l'ONU poursuit son approche "coordonnée" à l'égard des PDI, tandis que les institutions onusiennes continuent dans l'ensemble à jouer chacune leur propre rôle. La mission en Indonésie du Réseau inter-organisations des Nations Unies sur les déplacements internes, prévue pour début octobre, sera confrontée au défi de formuler des propositions concrètes quant à la manière d'améliorer l'aide aux PDI (voir: Missions PDI: une de plus", dans ce numéro de Talk Back).

Renforcer l'attention internationale sur tous les aspects de la crise des déplacés internes en Indonésie est le seul moyen de faire en sorte que l'appui des donateurs augmente et que ces derniers ne se lassent pas. Le problème des déplacements internes en Indonésie ne sera pas résolu rapidement, ni aisément; il y faudra un engagement du gouvernement et de la communauté internationale. La première étape devra consister à renforcer la présence internationale, puis à entreprendre de répondre aux besoins des personnes déplacées et de celles affectées par les déplacements.

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DEUX ANS APRES : LE SORT DES REFUGIES DU TIMOR ORIENTAL ENCORE AU TIMOR OCCIDENTAL

En septembre 1999, l'éruption de violence qui a suivi le vote organisé par l'ONU au Timor oriental a provoqué la fuite ou le déplacement forcé d'environ 280'000 personnes du Timor oriental vers le Timor occidental. Aujourd'hui, quelque 60'000-80'000 réfugiés se trouvent encore au Timor occidental - sans protection internationale. Tandis que les ONG poursuivent leur assistance humanitaire, il semble que le système onusien cherche à trouver un moyen de mettre fin au problème des réfugiés, sans prendre en considération en premier lieu les droits des réfugiés.

Le 6 juin 2001, le gouvernement indonésien a procédé à ce que certaines ONG considèrent comme une procédure d'enregistrement non valide. Les réfugiés ne comprenaient pas bien ou n'avaient pas d'informations quant au but de l'enregistrement et nombre de non-réfugiés se sont enregistrés. Des chefs de milices ont joué un rôle actif dans le processus d'enregistrement, agissant comme "coordinateurs de camps". Suite à cette procédure, l'Indonésie affirme qu'il y a plus de 295'000 réfugiés au Timor occidental et que moins de 2 pour cent souhaitent retourner au Timor oriental.

L'inquiétude est maintenant vive quant à la façon dont la communauté internationale a réagi à la procédure d'enregistrement truquée du gouvernement indonésien. Les chiffres du gouvernement indonésien ne correspondent pas à ceux des ONG; selon les données et l'expérience de ces dernières, 60-70 pour cent des réfugiés préfèreraient rentrer s'ils pouvaient le faire librement et au moment de leur choix.

Le gouvernement du Timor occidental a indiqué qu'il ne pouvait pas accepter plus de 6'000 familles. Le gouvernement indonésien, le HCR, le PNUD et le BCAH, avec l'appui des gouvernements de l'Australie, des Etats-Unis d'Amérique et du Royaume Uni, poursuivent la mise au point de plans de réinstallation impliquant le déplacement des réfugiés vers d'autres régions de l'Indonésie. Cependant, toute réinstallation de ce type sera confrontée à des problèmes de terre (voir: Indonésie : "Trop de besoins insatisfaits" dans ce numéro de Talk Back). Il y a aussi la question de savoir si oui ou non les réfugiés ainsi réinstallés garderont le droit de retourner au Timor oriental à une date ultérieure. Un grand nombre de ces réfugiés devraient être réinstallé à Sumba (Iles de la Sonde, devant la côte de Timor) et dotés d'un colis de réinstallation apparemment plus généreux que celui offert à ceux qui rentrent au Timor oriental. Si l'on adoptait un point de vue cynique, les actions de l'ONU pourraient être comprises comme étant une tentative de vider les camps et mettre rapidement fin au problème des réfugiés.

Mais même dans le cas d'une réinstallation, il faudra du temps avant que les réfugiés puissent effectivement être réinstallés et dans l'intervalle, les besoins humanitaires restent. Le débat actuel au sein de l'ONU sur la question de savoir si le Timor occidental doit vraiment être inclus dans un appel de fonds consolidé de l'ONU indique que l'ONU ne saisit pas réellement, ou peut-être n'accepte pas totalement, les besoins de protection et d'assistance des réfugiés au Timor occidental.

En même temps, UNTAET a peu fait pour créer des conditions favorables au retour des réfugiés. La proposition des ONG d'ouvrir des camps à la frontière pour permettre aux réfugiés de retourner peu à peu au Timor oriental a été rejetée par l'ONU, qui a allégué des risques sécuritaires. UNTAET craint un courant d'instabilité transfrontalière jusqu'au moment où les réfugiés au Timor occidental seront réinstallés, établis sur place ou rapatriés.

Les options désormais offertes aux réfugiés par l'ONU et le gouvernement sont nettement moins nombreuses qu'il y a un an, lorsque le HCR travaillait au Timor occidental. Ces plans, qui comprenaient diverses zones géographiques prévues pour l'établissement des réfugiés, ainsi que diverses options pour assurer leur subsistance, sont aujourd'hui considérés comme trop ambitieux. Tout semble indiquer qu'encourager les réfugiés à quitter le Timor occidental, en leur offrant un choix d'options limité et ne respectant pas nécessairement les droits des réfugiés, est la voie que l'ONU compte emprunter pour aller de l'avant.

Une réunion d'ONG du Timor oriental et du Timor occidental, désireuses de coopérer en matière de retour, a eu lieu à Bali à fin juin. Elles ont identifié trois groupes de réfugiés: ceux qui souhaitent rester en Indonésie, ceux qui veulent rentrer tout de suite au Timor oriental et ceux qui, pour différentes raisons, préfèrent attendre avant de prendre une décision. On estime que ce dernier groupe est de loin le plus important. Il est probable que bien des réfugiés désirent simplement attendre de voir comment les choses vont évoluer au Timor oriental après la récente élection de l'Assemblée constituante, ou d'en savoir plus sur les conditions socio-économiques qui y règnent. Certains ne veulent pas quitter le Timor occidental avant d'y avoir moissonné leurs récoltes.

La communauté réfugiée comprend des acteurs de la violence qui se déchaîna au Timor oriental en 1999 et qui ont peur d'y retourner par crainte de représailles. Ils aimeraient connaître les dispositions d'amnistie et les processus de réconciliation communautaire en cours de l'autre côté de la frontière. Au Timor oriental, les ONG demandent un tribunal indépendant pour les dirigeants et les auteurs de crimes graves. Pour ceux qui ont commis des crimes moins graves, une Commission Vérité, Réception et Réconciliation est mise en place au Timor oriental afin de promouvoir la réconciliation et le pardon au sein de la communauté.

Les réfugiés au Timor occidental ne disposent cependant que de peu d'informations fiables sur ces processus ou même sur la situation au Timor oriental. Nombre de réfugiés sont dans le doute quant à ce qui les attend au Timor oriental. Diffuser des informations au Timor occidental peut être une entreprise à risques. Il n'y a jamais eu de séparation des combattants d'avec la population civile et il y a dans les camps des éléments qui ne souhaitent pas voir les réfugiés rentrer. Dans le cas des réfugiés du Timor oriental, deux facteurs ont compliqué la séparation: la difficulté à définir qui est un combattant et la difficulté à obtenir de la police ou de l'armée indonésienne qu'elles séparent des combattants qu'elles auraient pu former (Sur le thème de la séparation d'éléments armés, voir "Nouvelles règles de stratégie militaire" dans ce numéro de Talk Back).

Dans l'intervalle, et bien qu'il n'y ait pas d'urgence humanitaire immédiate, les conditions d'existence des réfugiés sont très précaires et dans bien des cas leur état de santé se détériore. Au vu des tensions et conflits entre réfugiés et populations locales au sujet des terres et des ressources, comme aussi de l'incitation à rester que représenterait une amélioration de leurs conditions de vie misérables, les ONG locales sont réticentes à l'égard d'un appui humanitaire international massif en faveur des réfugiés.

Le plus inquiétant est que les droits des réfugiés ne sont pratiquement pas pris en compte par le système onusien ou le gouvernement indonésien. Les Nations Unies ont été largement absentes du Timor occidental depuis le meurtre de trois membres du personnel du HCR en septembre passé. L'ONU a négocié avec le gouvernement indonésien en vue de contribuer à faciliter la réinstallation, l'établissement sur place ou le rapatriement. Mais l'assistance humanitaire ne fait pas partie du programme de l'ONU en faveur des réfugiés.

Les ONG internationales travaillant au Timor occidental ont une vue différente des choses. Les besoins en matière d'assistance humanitaire et de protection doivent être couverts. Pour l'ONU, la situation est classique: les risques sécuritaires l'empêchent d'être présente au Timor occidental, tandis que les ONG ont la possibilité de mettre en Ĺ“uvre des programmes d'assistance humanitaire. Dans de tels cas, l'ONU a désespérément besoin de développer un système de coopération avec des partenaires afin d'assurer protection et assistance aux réfugiés. Mais en même temps, elle ne veut ni financer des programmes humanitaires, ni essayer de répondre au besoin de protection.

Une récente mission de l'ONU relative à la sécurité a constaté que la situation s'était améliorée dans diverses régions et le degré de sécurité de l'ONU devrait être ramené au degré quatre dans certaines parties du Timor occidental. Mais la région proche d'Atambua, où vivent de nombreux réfugiés, restera au degré cinq. Les ONG internationales, qui travaillent actuellement sans difficulté au Timor occidental, se demandent toutefois si l'insécurité ne grandira pas à nouveau au moment d'un retour de l'ONU au Timor occidental. Aussi, tout plan de retour de l'ONU au Timor occidental doit-il être soigneusement étudié. Le risque sécuritaire lié au retour de l'ONU pourrait affecter la présence des ONG internationales qui fournissent en ce moment une assistance humanitaire au Timor occidental.

L'année passée, suite au meurtre de trois de ses collaborateurs au Timor occidental, le HCR a mis en place un petit groupe dirigé par le Haut-Commissaire adjoint, afin de définir un seuil à partir duquel il devrait se retirer d'un théâtre opérationnel (voir Talk Back 2-6: "La sécurité du personnel: un détail d'une image globale"). Le HCR a jusqu'ici été plutôt discret quant aux résultats du travail de ce groupe. Pour autant que le HCR ait défini des critères et des repères, sa prochaine mission en Indonésie devra les utiliser pour analyser la situation et déterminer s'il peut retourner ou non au Timor occidental pour y remplir son mandat.

Mais pour l'heure, la protection des réfugiés au Timor occidental et leur possibilité d'opérer un choix libre et informé quant à leur avenir pourraient être sérieusement compromises, précisément du fait des agissements de l'ONU et du gouvernement indonésien en vue de trouver une solution apparemment simple et rapide au problème. La communauté internationale a la responsabilité de veiller à maintenir le droit des réfugiés à un choix dûment réfléchi au sujet de leur avenir, et à les préserver de toute intimidation ou pression.

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OPINION:

MODIFIER L'APPROCHE A L'EGARD DE L'ACQUISITION DES CAPACITES
Dr Dawit Zawde, Africa Humanitarian Action

- Une perspective africaine

L'Afrique a servi de cobaye à l'action humanitaire internationale. Si, pendant des décennies, la communauté internationale a fourni une aide qui a permis de sauver des vies, les implications politiques, l'impact général, et les conséquences à long terme de ses interventions étaient loin d'être optimales.

En l'absence de structures nationales et régionales à même de diriger et de coordonner ces interventions, les acteurs internationaux ont assumé un rôle politique exagéré, marginalisant ainsi souvent encore davantage une autorité nationale déjà faible. Dans bien des cas, ce sont des instances étrangères qui formulent les divers programmes, qui devraient justement se fonder sur des réalités locales et ne parviennent par conséquent pas à couvrir les besoins réels. Les raisons profondes des problèmes sont ignorées, tandis que les programmes se trouvent dans l'incapacité d'atténuer la pauvreté ou de prévenir les conflits.

Dans ce contexte, les ONG africaines ne valent guère plus que des sous-traitants chargés de fournir de la main-d'Ĺ“uvre bon marché à une aide fondée sur des projets. L'amélioration des capacités, lorsqu'elle a lieu, vise rarement davantage que la formation d'un meilleur sous-traitant: plus transparant, plus responsable; en résumé un destinataire des fonds de secours plus fiable.

- Une nouvelle approche pour les ONG du nord

Il est essentiel que les détenteurs de fonds et les institutions du nord accordent plus d'attention aux rôles qui leur incombent dans les opérations humanitaires et à la manière dont ils interagissent avec les organisations africaines. Rechercher des partenaires du sud implique de reconnaître les avantages intrinsèques des ONG locales: elles sont présentes en permanence; elles sont souvent plus proches des populations touchées et les connaissent mieux; elles sont plus rapides et plus souples, moins chères et moins compliquées. Investir directement dans les ONG africaines serait donc à la fois plus efficace et plus rentable.

Les principaux sujets de préoccupation dans le futur immédiat des organisations humanitaires africaines sont ceux qui affectent leur capacité à fonctionner entièrement en tant qu'institutions stables et viables, de prendre des décisions politiques et stratégiques et de partager la responsabilité en matière de développement sur le continent.

La formation telle qu'elle est conçue et pratiquée actuellement par de nombreuses institutions du nord se limite en grande partie au développement de techniques opérationnelles. Une telle démarche ne permettra cependant jamais aux ONG africaines d'être indépendantes, égales ou en possession du pouvoir. En fait, une multitude d'organisations de secours du nord soumettent aujourd'hui les ONG africaines à des exigences élevées et perçoivent l'acquisition des capacités comme une manière de garantir que leurs partenaires appliquent bel et bien leurs directives et leurs procédures.

Dans la plupart des cas, promouvoir les capacités se limite à proposer des programmes de formation axés sur la gestion de projet et l'élaboration de rapports y relatifs au lieu de chercher à construire et à octroyer le pouvoir à l'organisation visée par les efforts déployés. Trop souvent, les ateliers de formation sont conçus uniquement par les organisations de secours et reposent sur un modèle standard qui n'est pas adapté à la situation.

Il est difficile pour les donateurs de reconnaître les revers subis dans ce domaine. L'amélioration des performances, qui, en théorie, est un objectif admirable, échappe désormais à leur contrôle. La communauté de secours du nord, omnubilée par sa quête de perfection, ne cesse de multiplier les études, conférences et processus, ce qui rend les procédures administratives et financières de plus en plus sophistiquées. Et pourtant, les organisations africaines n'ont pas l'infrastructure nécessaire pour remplir les exigences qui leur sont posées. Cela se solde souvent par des frustrations, des retards dans la réalisation des opérations et des tensions entre les partenaires: tout cela au détriment de l'action.

Afin de modifier cette situation, il est impératif de s'écarter clairement de "l'approche projet", trop restreinte, pour envisager une démarche qui prône le développement d'organisations nationales et régionales durables en Afrique. L'élaboration des lignes de conduite et le professionnalisme dépendent, certes, de la qualité des ressources d'une organisation, mais aussi de l'accès de cette dernière à l'information.

Selon certains rapports, plus de 90% des données relatives à l'Afrique sont stockées en Europe et en Amérique du Nord. La plupart des ONG africaines travaillent dans le vide, coupées de toutes données, développements techniques et nouveaux courants de pensée. Un moyen rapide d'augmenter leurs compétences consisterait à investir pour les équiper de la technologie de l'information. Avec de telles ressources, elles auraient accès au monde extérieur et pourraient ainsi s'exprimer et influencer les sujets qui les concernent. Dans le même temps, cette solution permettrait d'améliorer les communications et le flot d'informations entre les organisations africaines et en leur sein.

Puisque, dans le nord, il semble aujourd'hui inconcevable de travailler sans la technologie de l'information, il serait logique de veiller à ce que les organisations africaines disposent elles aussi des systèmes et outils qui ont révolutionné l'efficacité ailleurs.

Le principal obstacle auquel se heurtent encore les ONG africaines concerne l'accès direct aux fonds institutionnels qui leur permettraient de couvrir leurs coûts structurels et institutionnels. Contrairement à ce qui se passe dans le nord, il est actuellement pratiquement impossible, pour des raisons évidentes, de mobiliser des ressources en Afrique.

Pour l'instant, tous les fonds destinés à couvrir les frais généraux des partenaires africains sont liés à des projets et, dans la plupart des cas, ils s'avèrent insuffisants. Les donateurs du nord doivent cependant accepter que les montants versés soient utilisés pour les salaires, le financement, l'infrastructure, l'équipement technique et matériel de base et les frais annexes - tous les domaines qui permettent aux gens et aux organisations d'accomplir leurs tâches avec efficacité.

Il est important de prendre conscience du fait que les ONG africaines ne pourront pas participer au développement, à la mise en place et à la détermination de priorités africaines en qualité de partenaires égaux si leurs principales fonctions institutionnelles ne sont pas assurées par un financement solide.

Le financement institutionnel direct est essentiel pour élaborer des politiques et des stratégies de financement, établir des systèmes de contrôle de qualité, mettre sur pied des ressources humaines de qualité et instaurer des réseaux organisationnels. Il garantit la stabilité et la continuité et il est vital pour réduire la dépendance et promouvoir une participation équitable dans l'élaboration des règles et le processus décisionnel international.

- Un changement dans l'approche des ONG du sud

L'Afrique doit elle aussi revoir ses performances sous cet éclairage. Elle doit examiner avec plus de réalisme quelles sont les compétences et les ressources institutionnelles dont elle a besoin pour diriger et soutenir les actions humanitaires.

En raison de l'importance, en termes financiers, de son apport dans le développement et les opérations humanitaires, le nord a - involontairement mais inévitablement - relégué les partenaires africains à un rôle subalterne consistant à approuver les politiques et les programmes. Cette dépendance vis-à-vis de leurs homologues du nord s'est construite au cours des trois dernières décennies et il est essentiel de se débarrasser du carcan opérationnel engendré par l'approche-projet. Il est cependant évident que nous ne souhaitons pas nous priver des sommes considérables qui nous sont offertes.

Etant donné qu'elles n'ont aucun moyen de créer une base de ressources permanente - par opposition à une source de revenus mise en place pour la durée de vie d'un projet -- d'engager et de retenir du personnel acceptable ou de mener les recherches nécessaires, les ONG africaines sont incapables de formuler et de concevoir leurs propres stratégies et programmes.

Lorsque l'on nous demande d'apporter notre contribution dans la mise en place d'une politique et de mesures destinées à répondre à un conflit, à une situation d'instabilité, à une catastrophe et aux besoins humanitaires qui en découlent, nous manquons souvent des ressources nécessaires pour procéder à une analyse critique de la situation et prévoir une opération. Notre collaboration intervient généralement dans le contexte des rencontres organisées par nos partenaires du nord, où les décisions et les recommandations sont inévitablement teintées par la relation Nord-Sud. Ce n'est que lorsque nous aurons développé des structures et des réseaux organisationnels que nous commencerons à proposer les solutions appropriées à l'Afrique que recherchent tant les donateurs.

- Ĺ’uvrer dans le sens d'un meilleur partenariat

Actuellement, les programmes d'acquisition des capacités ne soulignent pas assez à quel point il est important de développer des organisations africaines régionales dotées de valeurs et de normes uniformes, afin de disposer d'un réseau d'ONG ayant la même mentalité et, par là même, d'assurer une action efficace des ONG.

Mais les réseaux, tels que le CIAB, devraient aussi soutenir les efforts déployés par les Africains pour améliorer la coopération entre les ONG africaines et les ONG du nord, afin que l'on puisse aborder les priorités et les exigences institutionnelles africaines sur une nouvelle base.

Nous sommes convaincus qu'il est possible de surmonter les problèmes que traversent aujourd'hui les ONG africaines. Pour ce faire, il est cependant indispensable que les sujets clés de la formation des institutions et des appels de fonds soient traités d'une manière qui permette aux organisations de saisir des occasions, de prendre des initiatives et de garantir des résultats.

Il est impératif de s'écarter de l'actuelle "vision linéaire" de l'acquisition des capacités et de la remplacer par une nouvelle compréhension des besoins réels - une combinaison polyvalente de mesures de soutien allant bien au-delà de la simple formation. La promotion des capacités est un processus continu douloureux, progressif et s'étendant sur le long terme. C'est un processus qui n'aboutira que s'il est consolidé tout du long par un financement garanti.

* Le Dr Dawit Zawde est président de Africa Humanitarian Action (AHA), aha@telecom.net.et * Il s'agit là d'un résumé d'un document original rédigé par AHA et adapté pour Talk Back. Le texte intégral, intitulé "Strategy for Institutional Development 2001-2003" est disponible sur le site internet de AHA: www.aha-africa.org


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Ed Schenkenberg van Mierop, Coordinateur du CIAB
Simon Russell, Responsable de la politique des réfugiés du CIAB


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